Myriam Achard : la curiosité qui mène à tout

Catégorie > Art et culture

Entrevue avec Myriam Achard réalisée par Joyce Joumaa

Date

Lundi le 10 mai 2021

Emplacement

Montréal, Canada

Auteure

Joyce Joumaa

Éditrice en chef

Tamy Emma Pepin

Avant de devenir la femme et leader culturelle qu’on connait aujourd’hui, Myriam Achard, Chef Partenariats Nouveaux Médias & PR - PHI, quitte Montréal à l'âge de 18 ans afin de poursuivre sa passion pour les langues. Elle accumule les expériences : voyages, étude et enseignement de l’allemand, traduction pour le cinéma, festivals.

Lumière pour les entrepreneurs et artistes, c’est en 2006 qu’elle commence à travailler à la Fondation PHI. Elle tisse ainsi des relations avec des artistes et des travailleurs culturels provenant d’une variété de milieux; autant à Montréal qu’à l’etranger – nous rappelant que l’art de créer des liens entre les gens peut devenir un métier, et qu’il y a toujours quelqu’un derrière chaque rencontre professionnelle.
Travaillant de près avec Phoebe Greenberg, Fondatrice et Chef de la création – PHI, les deux visionnaires commencent à s’intéresser à la promotion de la réalité virtuelle à Montréal. Ce duo, ainsi que d’autres organismes avec lesquels Myriam a travaillé, deviennent les canons de notre accès à l’art numérique et à l’espace virtuel dans lequel nous sommes constamment en orbite.
C’est lors d’un entretien téléphonique ce printemps, alors que PHI se prépare à soutenir des projets d’expositions de réalité virtuelle conçus par des grands artistes internationaux, que je me suis entretenue avec Mme. Achard, afin d’en apprendre plus son cheminement et la transition dont subit le monde culturel actuellement.
Image courtoisie de Myriam

Où avez-vous grandi?

Je suis née à Montréal. J’ai grandi à Saint-Léonard, sur l’île de Montréal. Mes parents ont immigré à la fin des années 50, de France. Et puis mon père est franco-français. Ma mère, elle, est moitié française, moitié sénégalaise.
Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de votre parcours en tant que jeune Myriam? En quoi vous êtes-vous concentrée dans vos études?
Alors, si je retourne vraiment loin en arrière, j’ai été une élève très, très, très studieuse, avec de très, très bons résultats et j’ai toujours adoré mon parcours au secondaire. J’ai fait beaucoup de sport aussi. Plus jeune, j’ai fait de la danse, j’ai fait du ballet. Puis, durant mon parcours secondaire, j’ai joué dans une équipe de handball qui nous a amenée au niveau provincial. Aller jouer en Europe – ça a été vraiment une grande passion pour moi. Une autre passion, ça a été les langues. Une envie d’apprendre le plus de langues possible. C’est pour ça qu’aujourd’hui je parle évidemment français, anglais, mais je parle aussi allemand et espagnol.
J’ai fait mon université, mon Bac en Allemagne, donc je suis partie y vivre à 18 ans pour aller dans une ville qui s’appelle Heidelberg, une très, très belle ville dans le sud du pays. J’y ai passé trois ans, donc j’ai vécu seule là-bas de 18 à 21 ans et j’ai étudié pour devenir professeur d’allemand. Quand je suis revenue à Montréal après ces trois années, j’ai commencé une maîtrise à l’Université de Montréal en études allemandes, dans la volonté d’enseigner l’allemand. J’ai enseigné au CÉGEP et je m’apprêtais à terminer une maîtrise en allemand, toujours quand j’ai été invitée à jouer le rôle d’interprète pour un réalisateur allemand qui était de passage à Montréal. Interprète pas dans le sens d’être comédienne, mais de traduire instantanément.
Et donc je l’ai accompagnée dans le cadre du Festival de films. J’ai adoré mon expérience et c’est là que j’ai commencé à me dire ‘Oui, professeur d’allemand?’ ‘Peut-être, mais travailler dans le milieu de la culture est sans doute un oui’. C’est comme ça que je suis tombée dans le milieu culturel. J’ai travaillé ou j’ai fait de la pige, beaucoup dans le milieu culturel, en communication. J’ai travaillé au Festival des films du monde qui, à l’époque, était un festival très, très prestigieux. Ça ne l’est plus aujourd’hui. Mais à l’époque, ça l’était.
J’ai travaillé au Festival Juste Pour Rire. J’ai travaillé au Festival de Cannes, j’ai travaillé au Festival de Berlin, j’ai travaillé au Festival TransAmériques. J’ai fait plein de choses. À une certaine époque, c’était peut-être à l’âge de 25 ans, j’ai décidé de partir faire le tour du monde.
En fait, je travaillais six mois par année à Montréal pendant l’été durant la saison des festivals et durant les autres six mois, je me contentais d’être ailleurs. Je suis partie en sac à dos avec un amoureux à l’époque… on est allés en Asie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Fidji. On a fait sac-à-dos à deux reprises, donc six mois de travail, six mois de voyage. Et puis ensuite, revenue ici, je me suis dit qu’il fallait peut-être que je commence à réfléchir à ce que je voulais vraiment. Je me suis demandée : qu’est-ce que je veux faire quand je serai grande? Oui, alors je l’étais déjà. Mais c’est là que j’ai commencé à travailler chez Spectra. J’étais en charge de tout ce qui était communication, relations presse pour le Festival de Jazz, les FrancoFolies et le Festival Montréal en Lumière. J’y suis restée pendant six ans. C’est là que j’ai rencontré Phoebe Greenberg. Il y a maintenant une quinzaine d’années et donc depuis, nos parcours s’entrecroisent.
C’était quoi la première expérience qui vous a formée pour être où vous êtes maintenant?
Toutes les expériences étaient formatrices à leur manière. Le fait de partir à 18 ans pour aller vivre à l’étranger, ça a été une formation. Ça a été très important dans ma vie de devenir indépendante aussi jeune. On n’est plus dans la même ville que ses parents. La famille est vraiment à 6,000 km. Donc ça, ça forme. Après, ma passion pour la culture, je la dois à ma mère. Dès mon très jeune âge, ma mère m’accompagnait au théâtre, au cinéma, au musée. La culture, pour moi, a toujours eu une place vraiment importante et ça dès l’enfance. Donc ça, ce serait un coup de chapeau que je donnerais à ma maman.
Toutes ces expériences dans les différents festivals nous ouvrent. Parce que c’est dans les festivals qu’on retient le contact avec les artistes. Ça permet d’avoir une meilleure compréhension du monde dans lequel on vit et de le voir par différents angles.
Pourriez-vous nous partager une compétence que vous trouvez cruciale pour bâtir une carrière dans l’art?
Je pense que c’est assez cliché ce que je vais dire, mais évidemment, il faut être curieuse. Loin des clichés, il faut avoir confiance en soi pour se prouver soi même. Au niveau des communications, peu importe si tu n’as pas confiance en toi, tu peux très vite te laisser impressionner par la personne qui est de l’autre côté. Ça peut devenir un mal et un malaise, j’allais dire malaisant, mais il peut y avoir un malaise qui peut se créer. Je comprends, mais je pense que c’est important. Comme je disais, la confiance en soi, la curiosité et l’ouverture à l’autre sont aussi des qualités.
Avez-vous eu des mentors dans votre vie? Y a-t-il des personnes qui sont entrées dans votre vie et qui vous ont aidé à vous accomplir? Comment les trouver ou les reconnaître?
Oui, oui, j’en ai eu plusieurs. La première que je peux nommer est la personne qui m’a donné mon premier job en communication et relations de presse. Elle m’a dit : il me semble que tu serais bonne pour faire des communications et des relations presse / relations publiques. C’est une personne que j’ai connue, que je vois encore une fois de temps en temps. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et qui m’a permis de travailler sur une émission de télé. Au niveau des communications, c’est quelqu’un que j’apprécie.
Moi, je considère que ma mère est une mentor pour moi. Elle est arrivée assez jeune en ne connaissant personne, en laissant tout derrière elle en France pour vivre ici. Donc je pense que son parcours est inspirant pour moi.
Un mentor, une mentor, c’est quelqu’un aspirant à cet effet. Et puis, je dirais que Phoebe Greenberg qui est la fondatrice du Centre PHI et de la Fondation PHI, est un très bon exemple. C’est ma patronne, mais c’est aussi une mentor. C’est quelqu’un qui pour moi est une visionnaire. C’est quelqu’un que j’admire beaucoup et je me trouve chanceuse de pouvoir évoluer à ses côtés au quotidien.
Myriam et sa mère - Image courtoisie PHI, crédit photo : Sandra Laroche
Phoebe Greenberg et Myriam - Image courtoisie PHI, crédit photo : Sandra Laroche
Comment est-ce que votre position au Centre PHI a-t-elle été un nouveau pas dans votre carrière?
Le Centre PHI existe maintenant depuis neuf ans. J’ai commencé à travailler avec Phoebe Greenberg dès la formation de la Fondation PHI pour l’art contemporain, appelée à l’époque le DHC Art. Je suis donc responsable des communications et relations de presse pour la fondation depuis le tout début.
Ensuite, quand elle a créé le Centre PHI en 2012, elle s’est intéressée à la réalité virtuelle qui n’était pas très connue à l’époque. On ne savait pas ce que c’était. Donc, un jour, elle a testé la réalité virtuelle pour la première fois, et elle s’est dit « OK, je veux faire partie de cette aventure ».
Petit à petit, on a commencé à présenter des expériences chez nous et ensuite, des expériences en réalité virtuelle. Et puis on s’est dit ça, ça fonctionne bien. Donc, on a voulu augmenter la présence de réalité virtuelle au sein de nos quatre murs. Moi, j’ai commencé à me promener dans les différents festivals qui mettaient de l’avant des œuvres de réalité virtuelle. Je me suis développée une passion pour ça et Phoebe m’a dit : Pourquoi est-ce que tu ne ferais pas ça en plus de ce que tu fais déjà? Tu pourrais nous aider à développer le volet à l’international en nous faisant rencontrer des artistes, des studios, etc.
Alors c’est ça mon rôle et c’est comme ça que tout à commencé. Je continue à faire des communications parce que j’aime les relations publiques et les relations presse. Mais j’ai ajouté ça à ma marque ; la représentation du Centre PHI au cœur de la communauté de la réalité virtuelle, tant locale qu’internationale.
Que pensez-vous du monde virtuel comme canon pour exposer l’art? Est-ce que vous le voyez comme un outil prometteur ou destructif des spécificités du monde d’art qu’on a connu?
C’est sûr que je ne peux pas dire destructifs parce que là, on est à fond là-dedans. Donc, je crois vraiment que la réalité virtuelle permet à des artistes de raconter des histoires différemment.
Ça peut être des artistes, des réalisateurs de films traditionnels qui s’intéressent à la réalité virtuelle. Mais on peut parler aussi de grands artistes d’art contemporain qui, maintenant, ajoutent la production d’œuvres immersives à leur corpus. Je pense à Marina Abramovic, je pense à Olafur Eliasson, Anish Kapoor.
Tous des gens qui viennent du milieu de l’art contemporain ‘plus traditionnel’ mais qui maintenant s’intéressent vraiment à la RV. Ils continuent à faire ce qu’ils font depuis des années, mais ils ajoutent la RV puisque cela fait vraiment partie de leur parcours artistique.
Pour des jeunes artistes qui aimeraient s’embarquer dans le monde de l’Art à l’international, par quels chemins devraient-ils passer?
Je vais répéter quelque chose que j’ai dit, je pense que la curiosité nous pousse à vouloir s’approcher de la curiosité de l’autre. Ça peut être d’aider des gens, des artistes montréalais, mais ça peut être évidemment des artistes à l’international. Le fait d’aller dans des musées, dans des biennales, dans des galeries, tant ici qu’ailleurs pour s’imprégner d’Art et découvrir ce qui se fait ailleurs. Je pense sincèrement que le mot curiosité doit être essentiel dans chaque lexique d’artiste.
Quel est votre souhait pour notre futur et le nouveau monde qui s’offre à nous? Quel type de monde voulez-vous contribuer à construire?
Je suis quelqu’un d’assez optimiste. Je crois en l’être humain. J’espère que l’être humain qui a vécu dans ce qu’on vient de vivre va être plus à l’écoute de la société et de l’environnement. Moi, j’ai une fille de 14 ans, donc j’ai envie qu’elle évolue dans un monde où la paix règne et c’est un peu utopiste parce qu’il y aura toujours des endroits dans le monde où ça ne sera pas le cas. Mais j’ai envie qu’elle puisse évoluer quand même dans une société où les gens sont à l’écoute de l’environnement, sont à l’écoute des uns et des autres aussi, où les êtres humains sont égaux, peu importe la couleur de leur peau, peu importe leur direction. Je pense qu’on va retomber sur nos pieds, mais j’espère juste qu’on ne va pas retomber dans des vieux patterns.
En tant que CA de Culture Montréal, pouvez-vous nous présenter cet organisme et partager l’une de vos préoccupations prioritaires afin d’inclure la communauté au cours de votre travail?
Culture Montréal est un organisme citoyen non partisan. Ce sont des gens qui viennent vraiment de tous les domaines. Évidemment, c’est en lien avec la culture, mais qui viennent vraiment d’horizons divers. Culture Montréal est là pour s’assurer que la culture, justement, soit vue comme un vecteur important, comme un vecteur économique aussi, et que la culture soit considérée dans notre société, tant par les citoyens, mais pas aussi par les politiciens. On est vraiment là pour défendre la Culture avec un grand C. Je suis aussi co-présidente de ce qu’on appelle la commission numérique, qui rallie autour d’une même table des intervenants qui évoluent dans les milieux des arts et de la créativité numérique. Que ce soit des gens comme MUTEK, par exemple. Évidemment, le Centre PHI. On essaye de se regrouper pour justement mettre de l’avant nos priorités. Pour moi, c’est une priorité cette commission numérique au sein de Culture Montréal.
Comment jugez-vous l’effort que la scène artistique à Montréal déploie pour être plus inclusive aux voix issues de la diversité? Dans l’idéal des choses, quel serait le plan le plus constructif pour atteindre ce but?
Moi, je trouve qu’ au cours des dernières années, il y a eu un effort certain qui a été fait. Et là, je pense à la télévision. Il y a un effort de mettre de plus en plus de diversité à la télé, dans les publicités, sur les planches, au théâtre, etc. Mais ce n’est pas encore assez. Et je crois que ce qui s’est passé au cours des dernières années, que ce soit avec Black Lives Matter, a éveillé les consciences ici. Je ne vais pas dire que les gens n’étaient pas conscients, qu’il y avait un manque de diversité, mais je pense que ça leur a vraiment mis dans le visage. Je vais beaucoup au cinéma et je trouve qu’on voit de plus en plus de jeunes ou de gens en général issus de la diversité. Et ça, pour moi, ça me réjouit parce que la société québécoise est diverse. Il y a des gens de partout et c’est ce qui fait notre force. Et donc, il faut que les gens issus de la diversité puissent se reconnaître à l’écran, sur les planches.

Joyce Joumaa
Vimeo

Joyce Joumaa est une artiste vidéo basée à Montréal. Après avoir grandi à Tripoli, au Liban, elle est venue vivre au Canada pour poursuivre un baccalauréat en études cinématographiques à l’Université Concordia. Elle s’intéresse aux croisements des arts et de la politique comme moyen de traduire les climats politiques qui nous entourent.
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